lundi, 03 décembre 2012

Proverbes

Pour vous distraire voici quelques sentences et proverbes en bruxellois marollien
 
Les amis sont comme les melons, il faut chercher longtemps pour rencontrer un bon.
De melaune zaïen goulak de kameroede, Lagnk mauïe zeuke, vi ne goïe te vinne.

 D'un homme qui ne parle et un chien qui n' aboye, garde toi.
Van ne mann dée ni sprèkt, en nen ondt dée ni bast, mauïe a maïe.
 
Le chien dont on prend l'os, ne connait pas d'amis.
Nen ondt van wa da ge de bïen pakt, kennt gïen kameroede

Si la pilule avait bon goût, on ne la dorerait pas en dehors.
Most ett pilluke ne goïe smoek emme, zoïe z'er gïen gaüt ronnt zette.
 
Par le petit chien le lièvre est retrouvé, mais par le grand il est happé.
Van ne klaene n'ondt ess den hoes wei gevonne, mo van ne grüete ess em opgeite.
 
Comme les ânes sont la proie des lions : les pauvres sont la pâture des riches.
Zou geaut ess den eizel ne lok vi de lée : d'èreme zaïen ett voïer van de raïeke

 Les grands oublient tout ceux qui s'éloignent de leurs yeux
De grüete vergeite al dée oïet eile hüeghe goen
 
Les grands ont honte de donner peu et refusent de donner beaucoup.
De raïeke zaïen beschonnt van waïenegh te geive, mo verbée eile van veuil te geive.
 
Le pauvre content n'est pas pauvre, le riche mécontent n'est pas riche.
Den èreme kontennt ess ni èrem, de raïeke ni kontennt ess ni raïek.
 
Peu et paix est beaucoup.
Waïenegh en vreide ess veuil.
 
Peu de biens, peu de soucis.
Waïenegh geaut, waïenegh zeurg.
 
Le moyen pour s'enrichir promptement est de se contenter de ce qu'on a.
Dem beste middel vi rap raïek te zaïen ess van a kontennt te stelle van wa d'a gett.
 
Celui qui ne peut avoir faute d' avoir, celui qui est résolu se contenter de peu.
Daene dée niks kan emme, omda t'em niks en eit, en daene dée em e gedagt mogt, stel d'em kontennt mi waïenegh.
 
Il vaut mieux en paix un œuf, qu'en guerre un bœuf.
T'ess beiter enn aer in vreide, as in aüreloght n'enn os.
 
Mieux vaut un repas de lard, où il y a de l'amitié, que d'un bœuf bien gras, où il y a de la haine.
T'ess beiter spèk t'eite, woe a t'er vrinchgap ess as ne vette n'os, woe a t'er naïeteghaïet ess.

Peu de biens, peu de soucis.
Waïenegh gaut, waïenegh ambetantegaïet.
 
Si tu veux savoir ce que vaut un franc, cherche à l'emprunter.
A ge wilt de wède weite van ne fragn vroeght ïenne te lïene.
 
Quand quelque chose nous fait défaut, on sait alors ce qu'elle vaut.
A t'er héet ess a me ni en emme, den weite me wa d'as ett wèt ess.
 
Qui ne sait rien, sait encore assez, s'il sait se taire. Par trop dire, on est perdu.
Dée niks wèt, wèt nogh genough a t'em kan zwaïeghe. Wannt te veuil zèghe, zaïe verlaüre.
 
Un homme qui se marie, prend congé de sa bonne vie.
De mann dée traeft, pakt kongei van ze geaut leive.
 
S'il faut mourir un jour, je veux mourir d'amour.
Maut-ek nen dagh steurve, wil-ek steurve van léefde.
 
Beauté sans bonté ne vaut rien.
Schüenaïet zonder geautaïet ess niks wèd.
 
Grand prometteur, petit donneur.
Grüete belaüver, klaene geiver
 
Il est bien pauvre qui n'a que promettre
Naïegh érem, daen dée mo kan belaüve.

 

mercredi, 24 octobre 2012

Petite zwanze

Le Marollien existait déjà du temps des fils d'Abraham puisqu’ils s'interpellaient en disant comme eux:  Hé…breu ! .

Au temps des pharaons, quand un de ceux-ci venait à perdre son épouse, ne disait-il pas, en guise d'oraison funèbre:  Mo…Méé… ?

Tout cela prouve que le marollien est la plus ancienne langue du monde et il n'y aurait jamais eu de question linguistique en Belgique, si Flamands et Wallons s'étaient mis d'accord pour apprendre le marollien.

Tichke chez Toone

 

Je me souviendrai toujours, il y a quatre-vingts ans du théâtre de Toone, surtout de la cave où les spectacles se déroulaient.

Âgé de six ans j’étais turbulent au possible. Mon père prenait un réel plaisir, dans l’espoir de me calmer, à me menacer de me mettre dans la cave en compagnie de Toone et de Lagardère. Cette menace, au lieu de me faire peur, avait plutôt tendance a m’intriguer.

Curieux comme pas deux, je finissais toujours par poser des questions à ma mère, qui ne supportant pas que l’on fasse peur à son ket essayait d’y répondre tant bien que mal.

- « Mo neie me piteke, Toone es de poupa van Lagardère, enn ei eit nog ne zaun dé Dartagnan ut, mo daen es gestraut mi de doghter van ne schaeveiger. Ne zeikere stekt’em duet ei leift nog. Mo wete wate, ien van deis doeghe goen me n’ich dag zege on ze poupa, mo den mauie waies zaien hein ».

Il n’en fallait pas plus pour me calmer et c’est avec impatience que j’attendais ce moment.

Je ne me souviens plus du prix à payer pour voir le spectacle. Était-ce 25 centimes ou un franc ? Mais ce que je ne risque pas d’oublier, c’était les bancs sur lesquels il était impossible de tenir plus de cinq minutes sans me plaindre de la douleur ressentie à l’endroit de mes fesses. C’était constamment « - Mouma, ik em zier on me n’oleke ». 

À tel enseigne, que les spectateurs, distraits par le bruit provoqué par mes hurlements, ne comprenaient plus rien de la pièce, commençaient par invectiver grossièrement ma mère dans ce jargon incompréhensible pour la plupart des mortels c’est-à-dire : le marollien.

Le marollien n’avait pour moi aucun secret, dès mes premiers balbutiements, j’étais interpellé dans ce langage par les auteurs de mes jours. Ce n’est qu’en première primaire à l’école n°6, rue Haute, que j’ai appris mes premiers mots de français.

Une parenthèse s’impose avant tout. À cette époque, le marollien, langue pittoresque, inimitable parlée presque exclusivement par les habitants d’un quartier comparé à la Cour des Miracles : les Marolles.

Les Marolles s’étendaient sur un territoire délimité par sept rues :

1.La rue aux Laines,

2.La rue Montserrat,

3.La rue Wijnants (ancienne rue des Sabots),

4.La rue de la Prévoyance,

5.La rue des Prêtres,

6.La rue du Faucon ou Beuille stroet (rue du bourreau),

7.La rue de l’Abricotier ou Bloumpanchgank.

Ce quartier « aristocrate » était situé, à l’époque, non loin du théâtre de Toone III. Inutile de préciser que l’endroit où était situé le théâtre de Toone III était fréquenté par la fine fleur du quartier des Marolles, c’était un lieu où il ne faisait pas bon de s’aventurer sans être connu ou accompagné d’une tierce personne habituée au quartier. Le soir venu, les ruelles et les impasses étaient faiblement éclairées par deux ou trois réverbères au gaz projetant une faible lueur blafarde dans ce coupe-gorge rêvé pour étrangers. Les mégères du quartier étaient d’une grande délicatesse et jetaient par les fenêtres le contenu de leur pot de chambre et les restes de leurs copieux dîners : quelques arêtes de bousterink ou de schole.

 

Mais revenons à Lagardère, car si on ne va pas à Lagardère c’est lui qui viendra à toi ! Toone m’intriguait à tel point que je le confondais avec Lagardère et d’Artagnan !

J’étais transporté par les intrigues, je criais avec un tel enthousiasme que le spectacle était interrompu. Les autres spectateurs essayaient de me faire taire mais ma mère était là pour veiller sur moi, c’était une brave personne, le cœur sur la main mais avec laquelle il valait mieux boire une bonne gueuze que de se disputer. Celui qui l’a invectivé un jour doit encore s’en souvenir dans sa tombe !

Un spectateur l’avait injuriée en s’en prenant indirectement à son rejeton :

« zeg, mé Kataun, kan daen snotneuis zene smaul ni aeve, m’ure hé niks nemi, da zaien jougnene dé zauie maute versaupe zaien as op de wereld komme. »

Là, il en avait trop dit, et ma mère de répondre :

« Wa d’eie doe gezeit vadeghe loerik, haure jougher, kom d’hé dikke loies ! »

Mais à la vue de la corpulence de ma mère, même dans la pénombre d’une petite salle, on ne distinguait plus que la moitié de la scène. Voyant ma mère se rapprocher du fond de la salle d’où provenaient les grossièretés, un quidam se leva en criant : « Ett zaien ek ik ni madame, t’es hé daen broubelair ». Ni une ni deux, le voisin se leva brusquement, enjamba les bancs, bouscula les spectateurs et s’enfuit !

À ce moment, Lagardère, alias « dem Boult », hurla de la scène : « Es da hé bekan gedoen of ik zmaiet alleman boiete ».

Toone apparaissait sur scène empoignant Lagardère en criant : « allei Boult t’es hé nae gedoen, le spectacle continue » !

 

Et oui le spectacle continue…

Toone III s’est reproduit comme la famille Royale, il a engendré Toone IV, Toone V, Toone VI, Toone VII et aujourd’hui Toone VIII…

Une descendance digne des rois, mais pour eux pas de liste civile exonérée d’impôts !

Il faut travailler pour gagner sa croûte et maintenir la tradition populaire.


 

Feu Oscar STARCK 

Académicien fondateur de l’ADIPB, 

Secrétaire perpétuel


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Henri de Lagardère et Blanche de Nevers

les célèbres marionnettes bruxelloises du Théâtre Royal de Toone