mercredi, 24 octobre 2012

Cours de bruxellois 2012-2013

Année académique 2012-2013

Cours de Parler Bruxellois

 

Les cours de bruxellois sont organisés le samedi matin


Dans les locaux du Théâtre Royal de Toone

Impasse Sainte-Pétronille

Rue du Marché aux Herbes, 66

1000 Bruxelles

 

 

Titulaires de cours :

 

Jean-Pierre Vanden Branden

Conservateur honoraire de la Maison d'Érasme et du Vieux Béguinage d'Anderlecht

Secrétaire perpétuel de l’Académie

Cours de « Bruxellothérapie active »

 

Victor José Géal, Toone VII

Président de l'Académie pour la Défense et l’Illustration

du Parler Bruxellois


 

Conditions de participation :

Être membre de l'A.D.I.P.B.

La cotisation de 20 € par an donne droit aux 4 périodiques.

Inscription aux cours 50 €.

 

Étant donné le côté ludique indispensable à l'esprit zwanzeur du Bruxellois, des travaux pratiques seront prévus.

 

La participation aux cours donne droit à un

abonnement nominatif gratuit

de cinq spectacles (valeur 60 €) offert par le

Théâtre Royal de Toone

(réservation indispensable).

 

Les diplômes de Baccalauréat et de Master seront remis aux lauréats lors de la Soirée de l'Académie, après chaque cycle complet de deux ans.


A vos agendas !

Voici les dates de nos prochains cours de « bruxellothérapie active » pour ce quatrième trimestre 2012.

Les samedis suivants à 10 h 30  

27 octobre

10 novembre

24 novembre

1er décembre

15 décembre


Pour tout renseignement prendre contact avec la Secrétaire Générale
 
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Petite zwanze

Le Marollien existait déjà du temps des fils d'Abraham puisqu’ils s'interpellaient en disant comme eux:  Hé…breu ! .

Au temps des pharaons, quand un de ceux-ci venait à perdre son épouse, ne disait-il pas, en guise d'oraison funèbre:  Mo…Méé… ?

Tout cela prouve que le marollien est la plus ancienne langue du monde et il n'y aurait jamais eu de question linguistique en Belgique, si Flamands et Wallons s'étaient mis d'accord pour apprendre le marollien.

Comment devenir membre ?

Pour devenir membre de l'Académie pour la Défense et l'illustration du Parler Bruxellois il suffit de payer sa cotisation Sourire

 

Membres adhérent : 20 euros par an

Académicien : 30 euros par an

Membre d'honneur : 100 euros par an

 

La cotisation donne droit aux périodiques trimestriels de l'A.D.I.P.B. (mars,juin, septembre et décembre)

Prendre contact avec la Secrétaire Générale membre, académie, académicien

Histoire de l’Académie


En 1989, Tefta Ahmetaj, jeune Kosovare résidant à Bruxelles, sollicite un entretien avec un responsable du Théâtre de Toone. Je la reçois au musée où elle me confie son souci de préserver le parler bruxellois en voie de disparition. Elle est envoyée par l’Arlonnais Simon-Pierre Nothomb, alors président de l’Agence Linguistique Européenne, dont elle est collaboratrice. Je ne connais pas son employeur mais je sais qu’il est à l’origine du souriant hommage rendu au peintre Paul Delvaux dont l’œuvre merveilleuse est traversée de gares, de trains et de belles femmes énigmatiques. C’est Nothomb qui a obtenu la nomination symbolique du maître à la fonction de chef de gare, à Louvain-La-Neuve. Un rêve que l’artiste caressait de longue date. La presse a largement diffusé le sourire heureux des deux hommes lors de ce sympathique événement. Paul Delvaux arborait pour la circonstance le couvre-chef de maître des lieux.

En ma qualité de Bruxelloise et de conservatrice du Théâtre, la sauvegarde du dialecte local est une de mes préoccupations majeures. Je cite, à mon interlocutrice, le nom de Louis Quiévreux qui, dès 1951, a élaboré un dictionnaire du dialecte bruxellois1. 

Cet auteur fondait l’espoir de créer une académie à cet effet. Il en a manifesté le désir dans un article publié dans le magazine "Pourquoi Pas ?". Il n’a malheureusement jamais pu concrétiser son rêve : Le dialecte bruxellois n’étant pas à la mode. A nous de le réaliser.

Nous allons favoriser des rencontres au Musée de Toone. José Géal – Toone VII et moi-même, ne sommes-nous pas "Citoyens d’honneur de la et des Marolles" depuis 1984 ! Un fief du parler bruxellois. Je convoque le bourgmestre et président de la Commune Libre de la et des Marolles, François Stevens que je connais depuis l’enfance. Il viendra avec son échevin Jo Hendboeg. Et bien sûr, je sollicite Jean d’Osta, alias Jef Kazak, à qui je voue une énorme admiration. Toone VII invite Jean-Pierre Vanden Branden, alors conservateur de la Maison d’Erasme et du Vieux Béguinage d’Anderlecht, également président de l’association du Théâtre de Toone. Le marionnettiste fait également appel à son complice le peintre Raymond Goffin. Simon-Pierre Nothomb accompagné de ses auxiliaires Tefta Ahmetaj et Bérengère Deprez, nous présente Louise Claessens et son époux Oscar Starck, alors administrateur de l’asbl « Les Amis du Vieux Marché ». Oscar tient une librairie dans les bâtiments rénovés de ce qui fut précédemment une caserne de pompiers. Ces deux Bruxellois de souche ont réalisé en 1988 un travail de bénédictin sous forme de 6.000 mots marolliens traduits en français.

Si la sagesse populaire veut qu’en mettant deux Bruxellois ensemble, on aura une société, nous sommes en nombre.

Tous débordés d’activités, nous déclinons la présidence. Heureusement Louise Claessens, pensionnée d’une belle carrière de mécanographe à la C.G.E.R. (Caisse générale d’Epargne et de Retraite), prend la balle au bond. Elle sera la présidente de l’association pour la Défense et l’Illustration du Parler Bruxellois. Cette belle terminologie est imaginée par Simon-Pierre Nothomb inspiré par la Pléiade. Toutefois, le mot association reste vague. Comment mieux qualifier notre projet. Certains tergiversent car ils n’osent employer le mot "académie". Ils veulent ménager les susceptibilités de journalistes folkloristes comme le vaillant Antoine Demol qui le revendique. Point d’hésitation ! C’est dit, la conservatrice prend l’initiative d’imposer le mot académie, idée chère à Louis Quiévreux. Je me fais fort de convaincre les récalcitrants. Le groupement opte alors pour académie. Nous sommes heureux. "L’Académie pour la Défense et l’Illustration du Parler Bruxellois" (A.D.I.P.B.) est née en ce mois d’octobre 1989, au Musée de Toone.

Chacun propose des candidats académiciens. Personnellement, j’introduirai dans le cénacle, le Professeur Marcel Van Hamme, historien de Bruxelles avec lequel j’ai réalisé une étude sur les "Vieux estaminets bruxellois".

Parmi nos "immortels": Meno Palacci, promoteur immobilier et Bruxellois de grand cœur.

D’emblée, la présidente s’appuie sur la compétence de la Courtraisienne Véronique Maes, publiciste, chargée des relations publiques.

Louise Claessens évoquera le combat mené dans sa jeunesse par les enseignants à l’encontre du dialecte bruxellois qu’elle-même comme tant d’autres enfants pratiquait. Notre parler local était considéré comme une tare !

La génération suivante dont je suis, se souvient très bien du blâme adressé aux élèves qui  connaissaient le dialecte, dans l’enseignement francophone des Ecoles de la Ville de Bruxelles.

C’était cependant ces jeunes en possession du dialecte qui maniaient avec le plus de facilités la syntaxe de la langue de Vondel. Je suis convaincue que ces praticiens du dialecte mènent de belles carrières en parfaits bilingues et au-delà.

Association de fait au départ, l’ A.D.I.P.B. acquiert le statut d’asbl en 1990. La réunion constitutive se déroule dans une vaste salle à l’étage du restaurant "Le Parnassos". Outre la sauvegarde de notre dialecte, l’association se donne pour objet d’étudier l’origine du parler bruxellois à travers l’Histoire et les traditions populaires de notre capitale et de sa région. Simon-Pierre Nothomb sensibilise Jacques Delors, alors Président de la Commission européenne. Celui-ci marque son enthousiasme pour l’Académie. Nous apprécions que le grand-père de cette personnalité était… Belge.

Par déférence pour les académies de langue et de littérature, l’A.D.I.P.B. élargit son cercle à 39 académiciens. Sous l’impulsion de la dynamique présidente, les académiciens rassemblent le vocable bruxellois afin de réaliser un dictionnaire.

Pour doter le langage marollien d’une base syntaxique, les mêmes auteurs vont réaliser une grammaire. C’est le coup d’envoi d’une floraison d’études sur notre parler. Dans la foulée, naît en 1990 le périodique trimestriel de l’Académie intitulé "Le Parler Bruxellois. Dem Brusselse Sproek" que nous nous proposons maintenant de poursuivre. Le couple Starck-Claessens s’investit dans des cours de bruxellois couronnés de diplômes. Il crée et interprète de savoureuses comédies bruxelloises en parler local et accorde le prix Iris aux initiatives semblables. A la suite des nouvelles technologies, le couple édite avec l’aide de leur fille Viviane Starck, professeur de Sciences, et de l’infographiste Pierre Pringels, un CD Rom sous l’appellation "Bruxelles des Bruxellois". 

L’ A.D.I.P.B. nomme des Académiciens honoris causa. Ce titre récompense des personnalités qui marquent le rayonnement de notre capitale et de sa langue régionale endogène.

En voici la liste dans l’ordre des propositions :

Jacques Delors, Charles Picqué, André Degroeve, Aménie Neyts, Freddy Thielemans, Meno Palacci, le chevalier François-Xavier de Donnéa, Jean-Luc Fauconnier, Serge Moureaux, Simon-Pierre Nothomb, feu Jean-Louis Thys, feu Jacques Simonet, Eric Thomas, Hervé Hasquin, Didier Gosuin, Marie-Hélène Simon, Viviane Starck et Pierre Pringels.

L’âge venu, le couple Starck-Claessens s’installe à Ath. C’est là que nos infatigables cofondateurs poursuivent désormais leurs activités. A l’issue de 18 années de retraite active consacrées à l’Académie, Louise Claessens s’éteint le 30 mars 2007.

Simon-Pierre Nothomb m’annonce le décès de cette personnalité érudite et énergique, grande Dame de ce parler bruxellois composant essentiel de l’identité et de la joie de vivre de la capitale de l’Europe. Défenseur dans l’âme des parlers endogènes, Nothomb souhaite que les cofondateurs dont nous sommes, reprennent le flambeau de l’ A.D.I.P.B.. 

J’en parle aux Toone qui marquent leur accord. C’est ainsi que Simon-Pierre Nothomb, José Géal, Jean-Pierre Vanden Branden et moi-même, nous nous rendons à Ath où nous retrouvons avec émotion le charmant et truculent Oscar Starck toujours souriant malgré ses épreuves. Nous lions connaissance avec les académiciennes Viviane Starck, Maja Trion-Brunfaut, Lily Van Eycken-Janssens, Micheline Voste et Georgette Just.

Le nouveau conseil de l’ A.D.I.P.B. qui se réunit au Théâtre Royal de Toone se présente comme suit :

José Géal, président, Andrée Longcheval, vice-présidente, Jean-Pierre Vanden Branden, trésorier, Viviane Starck, secrétaire, Maja Trion-Brunfaut, secrétaire-adjointe, Nicolas Géal, Véronique Maes et Simon-Pierre Nothomb, administrateurs.

Grâce à la succession assurée par son fils, Toone VII dispose maintenant du temps nécessaire pour assurer la présidence de l’Académie, laquelle garde bien sûr une personnalité distincte. Oscar Starck conservera à vie le titre honorifique de cofondateur et de secrétaire perpétuel.


Andrée Longcheval

Vice-présidente

Cofondatrice de l’A.D.I.P.B

 

Tichke chez Toone

 

Je me souviendrai toujours, il y a quatre-vingts ans du théâtre de Toone, surtout de la cave où les spectacles se déroulaient.

Âgé de six ans j’étais turbulent au possible. Mon père prenait un réel plaisir, dans l’espoir de me calmer, à me menacer de me mettre dans la cave en compagnie de Toone et de Lagardère. Cette menace, au lieu de me faire peur, avait plutôt tendance a m’intriguer.

Curieux comme pas deux, je finissais toujours par poser des questions à ma mère, qui ne supportant pas que l’on fasse peur à son ket essayait d’y répondre tant bien que mal.

- « Mo neie me piteke, Toone es de poupa van Lagardère, enn ei eit nog ne zaun dé Dartagnan ut, mo daen es gestraut mi de doghter van ne schaeveiger. Ne zeikere stekt’em duet ei leift nog. Mo wete wate, ien van deis doeghe goen me n’ich dag zege on ze poupa, mo den mauie waies zaien hein ».

Il n’en fallait pas plus pour me calmer et c’est avec impatience que j’attendais ce moment.

Je ne me souviens plus du prix à payer pour voir le spectacle. Était-ce 25 centimes ou un franc ? Mais ce que je ne risque pas d’oublier, c’était les bancs sur lesquels il était impossible de tenir plus de cinq minutes sans me plaindre de la douleur ressentie à l’endroit de mes fesses. C’était constamment « - Mouma, ik em zier on me n’oleke ». 

À tel enseigne, que les spectateurs, distraits par le bruit provoqué par mes hurlements, ne comprenaient plus rien de la pièce, commençaient par invectiver grossièrement ma mère dans ce jargon incompréhensible pour la plupart des mortels c’est-à-dire : le marollien.

Le marollien n’avait pour moi aucun secret, dès mes premiers balbutiements, j’étais interpellé dans ce langage par les auteurs de mes jours. Ce n’est qu’en première primaire à l’école n°6, rue Haute, que j’ai appris mes premiers mots de français.

Une parenthèse s’impose avant tout. À cette époque, le marollien, langue pittoresque, inimitable parlée presque exclusivement par les habitants d’un quartier comparé à la Cour des Miracles : les Marolles.

Les Marolles s’étendaient sur un territoire délimité par sept rues :

1.La rue aux Laines,

2.La rue Montserrat,

3.La rue Wijnants (ancienne rue des Sabots),

4.La rue de la Prévoyance,

5.La rue des Prêtres,

6.La rue du Faucon ou Beuille stroet (rue du bourreau),

7.La rue de l’Abricotier ou Bloumpanchgank.

Ce quartier « aristocrate » était situé, à l’époque, non loin du théâtre de Toone III. Inutile de préciser que l’endroit où était situé le théâtre de Toone III était fréquenté par la fine fleur du quartier des Marolles, c’était un lieu où il ne faisait pas bon de s’aventurer sans être connu ou accompagné d’une tierce personne habituée au quartier. Le soir venu, les ruelles et les impasses étaient faiblement éclairées par deux ou trois réverbères au gaz projetant une faible lueur blafarde dans ce coupe-gorge rêvé pour étrangers. Les mégères du quartier étaient d’une grande délicatesse et jetaient par les fenêtres le contenu de leur pot de chambre et les restes de leurs copieux dîners : quelques arêtes de bousterink ou de schole.

 

Mais revenons à Lagardère, car si on ne va pas à Lagardère c’est lui qui viendra à toi ! Toone m’intriguait à tel point que je le confondais avec Lagardère et d’Artagnan !

J’étais transporté par les intrigues, je criais avec un tel enthousiasme que le spectacle était interrompu. Les autres spectateurs essayaient de me faire taire mais ma mère était là pour veiller sur moi, c’était une brave personne, le cœur sur la main mais avec laquelle il valait mieux boire une bonne gueuze que de se disputer. Celui qui l’a invectivé un jour doit encore s’en souvenir dans sa tombe !

Un spectateur l’avait injuriée en s’en prenant indirectement à son rejeton :

« zeg, mé Kataun, kan daen snotneuis zene smaul ni aeve, m’ure hé niks nemi, da zaien jougnene dé zauie maute versaupe zaien as op de wereld komme. »

Là, il en avait trop dit, et ma mère de répondre :

« Wa d’eie doe gezeit vadeghe loerik, haure jougher, kom d’hé dikke loies ! »

Mais à la vue de la corpulence de ma mère, même dans la pénombre d’une petite salle, on ne distinguait plus que la moitié de la scène. Voyant ma mère se rapprocher du fond de la salle d’où provenaient les grossièretés, un quidam se leva en criant : « Ett zaien ek ik ni madame, t’es hé daen broubelair ». Ni une ni deux, le voisin se leva brusquement, enjamba les bancs, bouscula les spectateurs et s’enfuit !

À ce moment, Lagardère, alias « dem Boult », hurla de la scène : « Es da hé bekan gedoen of ik zmaiet alleman boiete ».

Toone apparaissait sur scène empoignant Lagardère en criant : « allei Boult t’es hé nae gedoen, le spectacle continue » !

 

Et oui le spectacle continue…

Toone III s’est reproduit comme la famille Royale, il a engendré Toone IV, Toone V, Toone VI, Toone VII et aujourd’hui Toone VIII…

Une descendance digne des rois, mais pour eux pas de liste civile exonérée d’impôts !

Il faut travailler pour gagner sa croûte et maintenir la tradition populaire.


 

Feu Oscar STARCK 

Académicien fondateur de l’ADIPB, 

Secrétaire perpétuel


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Henri de Lagardère et Blanche de Nevers

les célèbres marionnettes bruxelloises du Théâtre Royal de Toone